MODELISER LA SAGESSE DES CONTES 2 :

Métaphore de septembre 2022

 

 

Posture identitaire du héros et Magicien de sa posture

Dans le numéro de mars 2022 de Métaphore, vous avez trouvé un modèle de résolution de problèmes et les postures archétypales des héros qui se rigidifient au fil du temps jusqu’à devenir identitaires.  Aujourd’hui je vous propose de nous pencher sur les deux facettes de la posture identitaire du héros, soit la posture de survie et la posture héroïque, avant d’aborder la Quête du Graal qui fait du héros le Magicien de sa posture. Comme résumées sur le tableau ci-dessous, ce sont les quatre applications du monomythe de Campbell que j’utilise fréquemment en coaching et que nous avons développées avec Angélique Wüthrich dans Managez vos dragons comme les héros des contes. Optimisez votre coaching.


Au fil du temps, le héros rencontre des problèmes à régler et simultanément il est appelé à grandir en tant qu’être humain.

 

Posture identitaire du héros : de la posture de survie à la posture héroïque.

Chaque héros manifeste de manière privilégiée les caractéristiques et stratégies de la posture qui lui est la plus familière : c’est sa personnalité, sa posture identitaire. Lorsqu’il rencontre un dragon, en position de perception associée, le héros ré-agit de façon spontanée, étant peu capable d’utiliser ses ressources et d’adopter les comportements prenant en compte tous les paramètres en présence. En position de perception dissociée, il agit raisonnablement, est capable de potentialiser ses ressources et de développer des stratégies découlant de ses réponses sur les hauts niveaux logiques[1].

Il s’agit toujours du même héros, montrant alternativement deux visages différents d’un même archétype postural, soit sa réponse spontanée, soit sa réponse idéale. On peut qualifier ces deux facettes de la posture identitaire  du héros, de posture de survie et posture héroïque. Les deux coexistent dans la vie quotidienne de la personne et s’influencent mutuellement selon les circonstances.

 

[1] Voir  : G. Bateson, La nature et la pensée, Édition du Seuil, 1984

La posture de survie

La posture de survie s’exprime donc spontanément, en position de perception associée, en réaction aux contraintes de l’environnement, aux dragons auxquels la personne doit faire face. Elle se structure et se rigidifie progressivement, en miroir ou en opposition aux attentes et exigences du milieu dans lequel la personne évolue depuis sa naissance. Cette posture est adaptative, sorte de masque de résilience qui correspond au SOI réel spontané ou à ce qu’Hélène Roubeix[1] nomme le Moi socialisé. L’individu en est peu conscient au moment où il agit, ses émotions sont impliquées, son cerveau limbique est souvent saturé et il ré-agit. En posture de survie, le héros peut être poussé à se conformer au « socialement désirable », aux normes ambiantes – consommation de biens, pouvoir, facilités diverses et enrichissement des ressources matérielles. Ainsi, il va plutôt vouloir « grossir » que « grandir » selon les qualificatifs très pertinents de Virgile Stanislas Martin[2].

 

[1] H. Roubeix, A la rencontre de soi. Se libérer des rapports de force. Éd. Anne Carrière,2000.

 

[2] Inspiré de V. S. Martin, La détermination d’objectif en question, dans Métaphore, n°92, mars 2019, p 19-23.

La posture héroïque

La posture héroïque est organisée sur la base des réponses que le héros donne aux questions relatives aux niveaux logiques[1] du haut. Elle découle de la vision du monde idéal auquel il rêve d’appartenir et de participer. Elle s’inspire des niveaux transpersonnels auxquels il se rattache, de ce qui était avant lui et sera après, et qui lui permet de se définir en tant qu’être humain. La posture héroïque manifeste l’identité particulière de la personne, avec ce qu’elle considère vrai, juste et important, ses valeurs. Elle est l’expression comportementale plus ou moins cohérente et consciente des aspirations du héros. Elle correspond au SOI idéal, à ce que l’individu souhaite être. Etant définie dans la perspective du plus haut niveau logique personnel, c’est elle qui va générer des changements aux niveaux logiques inférieurs, donc progressivement nuancer les comportements impulsifs de la posture de survie par des comportements plus librement choisis. C’est elle qui va atténuer la peur fondamentale du héros et lui permettre d’accomplir plus ou moins sa tâche développementale comme illustré sur la figure ci-dessous.

 

[1] Selon les Niveaux logiques d’organisation mentale Inspiré notamment de  R. Dilts, Être coach – De la recherche de la performance à l’éveil, InterÉditions, 2008.  

La Quête du Graal

« Un héros est quelqu’un qui a donné sa vie à quelque chose de plus grand que soi. »

Joseph Campbell

Chacun est appelé à devenir Magicien de sa posture. En mobilisant les stratégies et les forces de sa posture identitaire – posture de survie et posture héroïque combinées – il développe des ressources, élargit ses possibilités de choix et devient capable de mettre en place de nouvelles stratégies face à toutes sortes de dragons. Il est alors fréquemment Magicien de la résolution de problème.  Par conséquent, il réalise ses objectifs de façon performante, grandit, réussit sa vie, devient un adulte « consistant »

Certaines personnes en quête de développement personnel en veulent plus. Elles cherchent le Graal. Le chemin pour le trouver est celui des véritables héros, des héros des grands mythes et légendes.

 

Le parcours s’avère difficile si l’on en croit Jacqueline Kelen[1] : L’honneur du chevalier ne consiste pas à tuer l’autre mais à se lancer dans l’aventure, à payer de sa personne. Pour consentir à cette aventure, il est nécessaire que le héros accède à un niveau spirituel élevé, qu’il cherche la pierre philosophale, qu’il trouve le Graal. Dans les contes et aujourd’hui, la plupart des héros ne sont pas conscients du niveau des difficultés, des blessures auxquelles consentir, même si leur idéal de départ les appelait à aller loin. Dans son ouvrage La Voie du Magicien, Deepak Chopra[2] considère qu’un magicien est un être qui se définit par ses pouvoirs spirituels, par sa capacité à transformer le rapport à la vie et aux dragons qui jalonnent le chemin des humains, plus que par ses pouvoirs magiques.

 

D’une puissante universalité du Moyen Âge jusqu’à l’aube du XXIème siècle, la Quête du Graal symbolise cette aventure spirituelle située en dehors du temps et de l’espace. Depuis son apparition dans le cycle arthurien avec Perceval et les héros épiques français, enrichie des influences latines, orientales, germaniques, nordiques et autres, cet archétype présente une transversalité dans ce qu’il se comprend non comme une épopée extérieure à l’être, mais comme une grande aventure spirituelle intérieure, offerte au chevalier. Si le héros entreprend son voyage, s’il répond à l’appel, c’est pour découvrir son Graal. S’aventurer dans cette découverte demande au héros de mobiliser de nouvelles compréhensions de lui et du monde.

 

S’il cesse de vouloir tout contrôler, se laisse inspirer et utilise son intuition, il ouvre sa Conscience Intuitive Extraneuronale[3] et peut accéder à un champ d’énergie subtile, de niveau transpersonnel. Progressivement, ses croyances se redessinent alors, à propos du monde invisible, de Dieu, de son monde idéal, de qui il est, du rôle qu’il accepte de tenir pour que son monde idéal se réalise autour de lui, des ressources et capacités nécessaires, disponibles ou à développer. Sur le chemin du Graal, le héros devient Magicien de sa posture. En répondant à l’appel, en s’engageant dans la Quête, il permet à sa lumière intérieure de briller en lui et au-delà de lui.

 

Ainsi, si le Magicien de la résolution de problème, combinant efficacement diverses stratégies pour dépasser les difficultés et les obstacles, progresse sur une dimension horizontale (dissociation, analyse, choix de la stratégie la plus performante…), être le Magicien de sa posture engage le mouvement sur une dimension verticale de croissance spirituelle dans lequel les capacités d’analyse et de compréhension, de distanciation/dissociation, sont mises au service du bien commun. Cela se fait grâce à la confrontation du héros avec son dragon fondamental, celui qui crée constamment en lui des conflits. Lorsque le héros les résout, il cerne de mieux en mieux sa mission de vie. Le brouillard s’estompe, la tour vermeille apparait, le Graal est tout proche. Le Magicien de sa posture, domine son égo, et non l’inverse. Il tend vers la réalisation de soi, au-delà de l’écart entre le soi réel et le soi idéal, et poursuit la Quête du Graal décrite précédemment.

C’est à sa vision, sa représentation de soi en tant que maillon d’une grande chaine humaine, que s’accroche le vrai Magicien. Devenir Magicien de sa posture, c’est aussi devenir son propre coach, vraiment autonome, détaché de toutes les dépendances. C’est savoir prendre la responsabilité de la réussite de sa vie dans une perspective transpersonnelle. Pour ce faire, il doit se connecter à un champ d’énergie subtile d’un niveau supérieur, relié à un système plus vaste. Il doit découvrir son appartenance existentielle, sa place dans son arbre généalogique et dans la communauté humaine. Dès lors son Soi s’affirme, son identité devient plus consistante et sa mission de vie évidente.

 

Le rythme de l’éveil varie. Chacun marche comme il peut avec des pauses, des retours en arrière, des bonds extraordinaires. Le héros avance souvent par paliers et lorsqu’un palier est atteint, si l’on en croit Antoine de Saint Exupéry[4], c’est qu’il a gouté à une autre dimension de l’existence : « …Seul l’esprit, s’il souffle sur la glaise, peut créer l’Homme « . Et il est rare que le héros dégringole et reparte de zéro. Dès lors, lucide et cohérent, le Magicien de sa posture peut continuer à courir le monde. Quoi qu’il en soit, le vrai héros demeure stable, droit dans ses bottes. Il a acquis ce que les anciens appelaient la force d’âme. Il ne s’émeut pas devant les évènements. Il n’est affecté que dans les plans inférieurs de son être.

 

Comment coacher pour que chacun devienne Magicien de sa posture ?

 

Le Coach de vie qui tend vers l’éveilleur saura orienter la personne vers un développement vertical. Il doit rejoindre la personne là où elle est, dans l’expression de sa posture héroïque/posture de survie pour initier la relation et signer le contrat de coaching.

 

Ensuite, les outils utiles à interagir avec le dragon fondamental constituent un itinéraire puissant, rapide et durablement efficace. Il y a ceux qui privilégient la Conscience Analytique Cérébrale, ce sont par exemple :

 

  • le Voyage de vie.
  • la Métaphore de vie.

 

Ceux qui favorisent l’ouverture à la Conscience Intuitive Extraneuronale :

 

  • Le Mandala ;
  • La Recherche transdérivationnelle du dragon fondamental ;
  • Les Symboles mouvants.
  • La Métaphore de vie sur la ligne du temps, qui convient bien pour terminer le coaching et faire un pont sur le futur.

 

Les défis de la vie et les caractéristiques des héros d’aujourd’hui sont archétypaux, les enseignements des contes et légendes des différentes cultures à travers les âges sont donc transposables à la réalité contemporaine.

 

[1] J. Kelen, Divine blessure, Albin Michel, 2005, p. 51.

 

[2] D. Chopra, La Voie du magicien. J’ai lu, 2004.  

 

[3] J.-J. Charbonier, La conscience intuitive extraneuronale : Un concept révolutionnaire désormais reconnu par la médecine, Guy Trédaniel, 2017.  

 

[4] A .de Saint Exupéry, Terre des hommes, Éd. Le Livre de Poche, 1939.

La connaissance du comportement humain sous l’angle des postures identitaires archétypales permet de mieux se manager soi-même et de coacher efficacement tout être humain.

Christiane Grau Martenet

Autrement dit : Postures du héros selon son niveau de conscience et de développement personnel

Légende de la figure :

 

Les socles de conditionnements extérieurs

 

Comme leur nom l’indique, ils sont constitués des diverses contraintes de l’environnement, des dragons intérieurs et extérieurs que le héros croise sur son chemin et face auxquels il doit réagir.

 

La posture de survie

 

Elle constitue l’une des deux facettes de la posture identitaire du héros. Elle est l’expression comportementale, en position de perception associée, de la manière dont le héros répond aux sollicitations de l’environnement. Les comportements que le héros manifeste dans sa posture de survie sont ceux qu’il a installés neurologiquement face aux premiers dragons rencontrés. Ils sont l’expression première et brute de ses métaprogrammes pivots.

 

La posture héroïque

 

C’est l’autre facette de la posture identitaire du héros, elle est l’expression comportementale, en position de perception dissociée, de ce à quoi il aspire consciemment, compte tenu de la représentation idéale qu’il se fait de qui il est, de ce qu’il souhaite faire de sa vie et des valeurs qu’il privilégie. Il est plus libre.

 

Le magicien de résolution de problème

 

Il est capable de choisir et mobiliser des stratégies multiples face aux dragons. En magicien de la résolution de problème, le héros utilise de manière performante toutes les forces de sa posture héroïque. Il sait modifier sa perception du problème, assouplir ses croyances, penser le sens des démarches à mettre en œuvre sur tous les niveaux logiques. Il est donc conscient de lui, des autres, du système et de ses enjeux, capable de trouver des solutions généralement nouvelles aux provocations les moins prévisibles. C’est quelqu’un d’efficace, de performant, qui sait rebondir sur les stratégies des autres protagonistes de manière créative. C’est celui qui sait repérer la faille du système ou de l’interlocuteur et l’utiliser à son avantage sans forcément être malhonnête. C’est le joueur d’échec qui planifie, prévoit évalue et réajuste en permanence compte tenu de ses objectifs.

« Dans toute la tradition spirituelle, la mort à soi-même est l’unique condition pour devenir vivant. »

Jacqueline Kelen

Le Magicien de sa posture

 

En chemin vers le Magicien de sa posture, le héros affronte et dépasse son dragon fondamental, celui qui lui masque le Graal, celui qui freine son ascension verticale sur son chemin de croissance. Devenir le Magicien de sa posture implique nécessairement la connexion à un champ d’énergie subtile d’un niveau transpersonnel, facilité par l’ouverture de la Conscience Intuitive Extraneuronale. Il devient un être spirituel qui potentialise ses ressources et en invente constamment pour son évolution et celle de l’Humanité.

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